Par Victor Cloarec, rédacteur en chef du journal Leturf_1
Ce dimanche 25 janvier 2026, le monde du trot va sacrer le meilleur cheval du monde. Rien de moins. Le Prix d’Amérique, course mythique et reine des courses, rassemblera plusieurs dizaines de milliers de spectateurs sur la grande piste de Vincennes. Dix-huit chevaux, dix-huit guerriers aux lames affûtées, tous animés par la même obsession : grimper sur le toit du monde.
Cette édition est exceptionnelle. Très rare. Car pour une fois, il n’y a pas d’épouvantail, pas de favori officiel. Ici, ils peuvent tous gagner. Tous. Et c’est ce qui rend ce Prix d’Amérique 2026 si fascinant.
Les qualifiés viennent de partout : des 4 « B », du Critérium Continental, du Prix Ténor de Baune, sans oublier ceux passés par la porte étroite des gains. Des chemins différents, une même destination. Dix-huit histoires qui se croisent sur 2 700 mètres, sans certitude, sans plan écrit à l’avance. Le Prix d’Amérique est ainsi fait : une course tactique, imprévisible, où tout peut basculer sur un détail, un wagon, un choix de driver, un moment d’audace… ou d’hésitation.
Le monde des courses, lui, se cherche. Le PMU perd des parts de marché. Les jeux en ligne et les paris sportifs grignotent chaque jour un peu plus le terrain. Alors la société mère tente autre chose : du show, des stars, du people. En 2024, François Hollande. En 2025, Teddy Riner, Élie Semoun, un ministre des Transports. En 2026, place à Gims, artiste majeur de l’année 2025 et icône de la jeunesse française.
La question est simple : la foule joue-t-elle encore ? Faire venir du monde sur l’hippodrome suffit-il à relancer les paris ? Avec l’arrivée d’un nouveau directeur au PMU, Cyril Giraudat une nouvelle page s’ouvre. Mais saura-t-elle être celle du redressement ?
Ce Prix d’Amérique ressemble à un tournant. Presque à une révolution. Il doit prouver que les courses peuvent être un spectacle total : dans les tribunes, autour de la piste, mais surtout sur la piste. Car ne l’oublions pas : le Prix d’Amérique n’a aucune valeur outre-Atlantique. Il est unique. Il est français. Et personne, absolument personne, ne peut affirmer aujourd’hui : « ce cheval-là va gagner ».
C’est aussi ce qui fait sa grandeur. Pour certains entraîneurs, on ne le court qu’une fois dans une vie. Pour certains drivers, on ne le drive qu’une fois. Pour certains propriétaires et éleveurs, c’est un rêve qui ne se présente qu’une seule fois. Et cette année, après deux sacres consécutifs de Idao de Tilliard, le jeu est totalement ouvert.
Les cinq ans arrivent avec leur fougue et leur jeunesse. Les étrangers, privés de victoire depuis 2018 avec Redly Express, ont la rage. Et puis il y a les anciens, ceux que l’on connaît par cœur, battus hier, mais qui sentent que sans épouvantail, c’est peut-être maintenant… ou jamais.
Nous espérons un Prix d’Amérique révélateur. Un Prix d’Amérique aux enjeux en hausse. Un Prix d’Amérique capable de rallumer la flamme chez les passionnés et d’en faire naître de nouveaux. Cette méthode à mi-chemin entre le sport et le Super Bowl n’est peut-être pas une mauvaise idée. Encore faut-il en mesurer les résultats, le coût et surtout les enjeux réels.
Dimanche, le verdict tombera. Sans certitude, sans filet, comme toujours.
Vive le Prix d’Amérique. Vive les courses.
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